Sources chinoises, le 8 décembre 2025
Traduction intégrale de l’article de Guancha
La visite d’État de Macron en Chine : analyse du professeur Wang Shuo
Le président français Emmanuel Macron effectuera une visite d’État en Chine du 3 au 5 décembre. Durant cette visite, Macron séjournera à Pékin et à Chengdu.
Selon le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Lin Jian (林剑), il s’agit de la quatrième visite d’État du président Macron en Chine, et également d’une visite de retour suite à la visite d’État historique du président Xi Jinping en France l’année dernière, à l’occasion du 60e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques sino-françaises (中法建交60周年).
Durant cette visite, le président Xi Jinping s’entretiendra avec le président Macron pour guider conjointement le développement des relations sino-françaises dans la nouvelle conjoncture, et procéder à un échange approfondi de vues sur les questions internationales et régionales majeures.
Le Premier ministre Li Qiang (李强) et le président du Comité permanent de l’Assemblée nationale populaire Zhao Leji (赵乐际) recevront respectivement le président Macron.
Quel signal Macron souhaite-t-il envoyer au monde avec cette visite ?
Vers où se dirigent les relations sino-françaises et sino-européennes ?
Le 3 décembre, Guancha (观察者网) a invité le professeur Wang Shuo (王朔) de l’Université des études étrangères de Pékin (北京外国语大学) à partager son analyse.
Le professeur Wang Shuo souligne que la résolution pacifique du conflit russo-ukrainien et la question du prétendu “équilibre économique et commercial” sino-européen constituent les deux demandes les plus pressantes de ce voyage de Macron.
D’une part, dans un contexte où le conflit russo-ukrainien s’enlise et où l’Europe est en forte hémorragie (失血), Macron espère que la Chine jouera un rôle de médiation pour encourager les pourparlers de paix (劝和促谈) et fournir une sorte de “garantie” aux négociations. D’autre part, avec l’élargissement du déficit commercial de la France et de l’Europe vis-à-vis de la Chine, la question du prétendu “équilibre des échanges économiques et commerciaux” (经贸平衡) a suscité l’inquiétude de l’Europe.
Selon Wang Shuo, cette visite de Macron en Chine revêt une forte signification symbolique. En tant que “premier relayeur” (第一棒) d’une série de visites intensives en Chine des dirigeants des grandes puissances occidentales comme le Royaume-Uni, l’Allemagne et les États-Unis dans les mois à venir, ce voyage de Macron ne représente pas seulement la France, mais vise également, en sa qualité de pays président du G7 l’année prochaine, à représenter le monde occidental pour procéder à un alignement / une mise en correspondance des agendas stratégiques (战略对表) avec la Chine, qui sera pays hôte de l’APEC l’année prochaine.
Cette tendance des dirigeants occidentaux à se bousculer (争先恐后) pour visiter la Chine indique qu’ils ont d’importantes questions à communiquer et à coordonner avec la Chine dans la situation internationale actuelle, et que la Chine pourrait occuper une position plus proactive dans les négociations diplomatiques à venir.
Voici la transcription de l’entretien :
Guancha : Quel est l’objectif principal de cette visite du président Macron en Chine ? Quels pourraient être les principaux points à l’ordre du jour ?
Wang Shuo : L’objectif de ce voyage de Macron peut être résumé comme accordant une importance égale au fond et au symbolique (里子和面子).
Plus précisément, quatre dimensions principales de l’ordre du jour pourraient être abordées.
La première est la résolution pacifique du conflit russo-ukrainien.
Macron espère ardemment que la Chine puisse jouer un rôle constructif pour promouvoir un cessez-le-feu rapide du conflit, ce qui constitue le “fond” concernant la sécurité européenne.
La deuxième est l’équilibre économique et commercial.
C’est également un sujet qu’il souligne à plusieurs reprises. La partie française espère que la Chine élargira davantage l’accès au marché et approfondira le partage et la coopération technologiques (技术分享与合作) avec les entreprises françaises.
La troisième est l’alignement stratégique. La France présidera le G7 l’année prochaine, tandis que la Chine présidera l’APEC.
Cette visite de Macron ne représente pas seulement la France, mais dans une certaine mesure, elle représente également l’Occident dans sa communication stratégique avec la Chine, pour discuter des questions mondiales et démontrer le rôle et les capacités stratégiques de l’Europe.
La quatrième est les échanges culturels et humains. Un élément concret qui attire particulièrement l’attention concerne le renouvellement du prêt et la coopération autour des pandas géants.
Guancha : … la question du détroit de Taiwan deviendra-t-elle un des sujets de discussion ?
Wang Shuo : Bien que la question du détroit de Taiwan ne soit pas un sujet central de cette visite, compte tenu des propos négatifs récents de la ministre allemande des Affaires étrangères et du Japon, on ne peut exclure que Macron réaffirme que « la question de Taiwan n’est pas un problème européen », poursuivant ainsi sa position constante.
Lors de cette visite, Macron fait face à un exercice d’équilibre complexe (“平衡术”考验) : dans un contexte où les dirigeants du G7 s’apprêtent à visiter la Chine, en tant que “premier relayeur” (第一棒), il doit à la fois se rapprocher de la Chine, prendre en compte les opinions des alliés européens et la réaction des États-Unis, tout en considérant certains équilibres internes à la France. Jusqu’où il pourra aller reste à observer.
Guancha : Quel impact pour les relations sino-françaises et sino-européennes ?
Wang Shuo : La France a toujours considéré la Chine comme un partenaire spécial, et la Chine a toujours considéré les relations sino-françaises comme une condition préalable importante pour guider les relations sino-européennes. Mais la position de force de la France décline, tout comme l’influence internationale de l’UE.
Le principe fondamental de la Chine est de soutenir l’intégration européenne, de soutenir une France plus active dans les relations sino-européennes, et de reconnaître le leadership de la France en Europe.
Bien sûr, la Chine soutient également l’autonomie stratégique (战略自主) prônée par la France, mais il faut l’envisager de manière dialectique :
– Elle ne signifie pas indépendance totale vis-à-vis des États-Unis ;
– Plus la France insiste, plus cela reflète parfois un manque de capacité réelle.
Avec la guerre en Ukraine, la dépendance européenne aux États-Unis a même augmenté. L’Europe veut garder les États-Unis dans son architecture de sécurité, non s’en découpler.
La progression russe sur le terrain rend la situation encore plus dangereuse pour l’Europe.
Prolonger la guerre affaiblira la position de l’Ukraine en cas de négociations futures, et le coût pour l’Europe augmentera.
Le “plan de paix” de Trump inquiète l’Europe, et les promesses de la Russie ne sont pas crédibles pour elle. Macron espère donc que la Chine jouera un rôle positif rapidement, car cela touche à la sécurité même de l’Europe.
Guancha : Comment comprendre la contradiction européenne « coopération économique » vs. « concurrence » ?
Wang Shuo : C’est devenu la norme Chine–Occident. Les divergences augmentent, non l’inverse.
La Chine concurrence désormais davantage d’industries européennes ; et sur les règles internationales, la montée en puissance chinoise est perçue comme un défi.
Mais l’Europe ne peut renoncer au marché chinois : d’où une contradiction croissante.
Sur les questions économiques, il s’agit essentiellement d’un jeu purement commercial (商业游戏). Que la France demande accès au marché ou coopération technologique, cela se négocie (讨价还价), et les deux parties peuvent trouver un terrain d’entente.
Guancha : Pourquoi la visite à Chengdu ?
Wang Shuo :
Macron, doté d’une forte culture humaniste, disciple de Paul Ricœur, aime visiter des villes historiques comme Xi’an.
L’enjeu profond de Chengdu est celui de l’apprentissage mutuel entre civilisations (文明互鉴).
Créer d’abord un climat culturel de compréhension mutuelle peut faciliter le traitement ultérieur des divergences politiques et économiques. Cette visite relève surtout du symbolique, non du commercial.
Guancha : Dernières observations ?
Wang Shuo : De décembre à avril, les dirigeants du Royaume-Uni, de l’Allemagne et des États-Unis se rendront en Chine. Macron, en tant que « premier visiteur », ouvre la voie non seulement pour la France, mais pour l’Europe et même le G7.
Cette vague où les dirigeants occidentaux se bousculent (争先恐后) pour venir en Chine montre que l’état actuel du monde et les difficultés économiques nécessitent la participation de la Chine.
Elle pourrait donc occuper une position plus proactive dans les négociations à venir.
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Sources chinoises, 2025