Sources chinoises, le 15 octobre 2026
Traduction intégrale (hésitations orales supprimées)
Commissaire Šefčovič : Bonsoir. Au terme de ma visite à Pékin, je tiens d’abord à remercier mon homologue, le ministre Wang Wentao, pour sa disponibilité, son engagement et son hospitalité. Je me félicite également d’avoir pu rencontrer le vice-Premier ministre He Lifeng.
Je suis venu ici avec un objectif clair : amorcer le rééquilibrage de la relation commerciale entre l’UE et la Chine. Je voulais aussi m’assurer que cette première phase de négociations, menée dans le cadre des consultations sur le commerce et l’investissement, produise ses premiers résultats tangibles.
Vous connaissez le contexte. Le déficit commercial représente pour l’Union européenne un défi colossal, ressenti dans chaque État membre. Il est intenable et exige une trajectoire crédible de rééquilibrage. Nous devons défendre nos industries et rétablir des conditions de concurrence équitables, que les surcapacités mondiales ont faussées.
Au cours des trois derniers mois, nous avons travaillé intensément, à tous les niveaux. Nous nous sommes concentrés sur des priorités claires et des résultats mesurables, comme preuve de concept.
Voici ce que cet engagement a permis d’obtenir jusqu’ici.
Premièrement, nous sommes parvenus à une entente commune pour modérer les exportations chinoises de véhicules hybrides et hybrides rechargeables vers l’Union européenne. Cela ouvre la perspective de réduire ces exportations de plus de moitié.
Deuxièmement, nous sommes parvenus à une entente commune pour améliorer l’accès au marché chinois d’une série de produits européens, grâce à une baisse des droits de douane appliqués au titre de la nation la plus favorisée (NPF). Ces produits vont des pièces automobiles aux chaussures, en passant par l’huile d’olive. Ils représentent près de 4 milliards d’euros en valeur d’exportation actuelle, soit au moins 225 millions d’euros d’économies de droits de douane. À titre de comparaison, cela équivaut à près d’un quart des économies générées par certains de nos accords de libre-échange les plus ambitieux, avec le Japon ou l’Australie par exemple.
Troisièmement, nous sommes parvenus à une entente commune pour faciliter davantage l’octroi des licences chinoises d’exportation de terres rares et d’aimants permanents.
Je dis souvent que de véritables négociations méritent une vraie chance. Je salue donc l’engagement de mon homologue. Cela dit, nous sommes loin d’en avoir terminé. C’est une première étape cruciale, mais seulement une première étape dans le processus de rééquilibrage.
Comme l’a dit la présidente von der Leyen, le dialogue doit produire des résultats. Là où il n’y parvient pas, l’UE utilisera ses instruments pour assurer un rééquilibrage. La présidente va naturellement évaluer ces résultats et discuter des prochaines étapes avec les dirigeants lors du prochain Conseil européen à Bruxelles. C’est là que se prendra la décision finale.
Le ministre Wang Wentao et moi nous retrouverons à notre niveau d’ici janvier. Nous organiserons en mars la troisième session des consultations sur le commerce et l’investissement pour poursuivre le travail. Parallèlement, le travail continue aussi à Bruxelles. Merci.
Modérateur : Merci beaucoup, Monsieur le Commissaire. Place maintenant à vos questions. Merci de bien vouloir vous présenter. Nous commençons par Reuters.
— Excusez-moi, j’ai besoin de vous. Avons-nous un micro pour monsieur ?
Joe Cash (Reuters) : Merci. Bonsoir. Joe Cash, de Reuters. Pouvez-vous nous donner plus de détails sur l’accord concernant les hybrides ? Et une question complémentaire simple : cela suffira-t-il sur le front automobile ? Merci.
Commissaire Šefčovič : Merci beaucoup pour cette question. Je soulignerais deux éléments très importants.
Le premier est que la Chine a accepté, pour la première fois, de modérer ses exportations sans passer par une phase préalable de tensions commerciales. Je l’apprécie beaucoup.
Vous avez sans doute déjà constaté la réaction positive de l’industrie automobile en Europe. Sa déclaration me montre clairement que l’accord obtenu va au-delà des attentes. Je crois donc que l’industrie automobile appréciera cet accord.
Comme je l’ai dit, il sera présenté à ma présidente et aux dirigeants, qui en examineront tous les paramètres en détail lors du Conseil européen la semaine prochaine. Nous disposons évidemment de tous les chiffres. Vous comprendrez cependant que nous devons d’abord les présenter à nos États membres et aux dirigeants, avant de les partager avec vous.
Je soulignerais toutefois une chose : nous connaissons le résultat et nous savons comment nous voulons y parvenir. Tout a été négocié dans les moindres détails. Je suis donc pleinement confiant : si les dirigeants donnent leur aval, nous savons comment mener à bien cette entente commune.
Oui, madame.
Yu Yang (CGTN) : Merci beaucoup de me donner la parole. Yu Yang, journaliste à CGTN, China Global Television Network. J’ai deux questions. La première : comment évaluez-vous les résultats globaux de ces négociations tarifaires entre la Chine et la Commission européenne ? La seconde : l’UE continue de vouloir restreindre davantage l’entrée sur le marché européen des véhicules électriques fabriqués en Chine. Pensez-vous que cela nuira aux intérêts des consommateurs européens, en limitant leur accès à des produits plus compétitifs, bon marché et de grande qualité ? Merci beaucoup.
Commissaire Šefčovič : Merci beaucoup pour votre question. Je dois d’abord dire que nos échanges et nos contacts avec nos homologues chinois n’ont jamais été aussi intenses qu’au cours des trois ou quatre derniers mois. Le ministre Wang Wentao et moi-même, nos négociateurs en chef, nos directeurs généraux, le vice-ministre Ling Ji et toute l’équipe avons travaillé très dur pour parvenir à ce résultat.
Je tiens à dire que ce travail a été mené de bonne foi. Ce résultat est le fruit d’un travail très intense. Il reflète aussi la lecture que les deux parties font de la situation. Vous savez très bien que l’industrie automobile européenne subit de fortes pressions. Cette étape était donc absolument cruciale.
Je pense que ce que nous avons convenu est équitable. Nous travaillons en pleine conformité avec la méthodologie de l’OMC, ce que nos homologues chinois apprécient également. Nous savons exactement comment procéder : une fois l’aval de nos dirigeants obtenu, nous engagerons toutes les procédures nécessaires.
Je souligne une fois encore qu’il s’agit d’une solution négociée. En ces temps particulièrement turbulents pour le commerce mondial, c’est très appréciable. Je crois que c’est la meilleure solution, pour la Chine comme pour l’Union européenne.
Modérateur : Et la deuxième question ?
Commissaire Šefčovič : Pardon, la deuxième question ? Pouvez-vous la répéter, s’il vous plaît ? Il est tard.
Yu Yang (CGTN) : Merci beaucoup. L’Union européenne continue d’imposer des restrictions aux véhicules électriques chinois. Cela nuira-t-il aux intérêts des consommateurs européens, en limitant leur accès à des produits de grande qualité et bon marché ? Merci beaucoup.
Commissaire Šefčovič : Si vous faites référence aux véhicules électriques à batterie, cette question a là aussi été discutée. Comme vous le savez, nous avons publié nos lignes directrices dès janvier de cette année. Nous avons réaffirmé notre politique en la matière cet après-midi même. Vous la trouverez également dans notre déclaration conjointe.
Nous devons évidemment toujours rechercher le juste équilibre. À ce stade, il était essentiel pour l’Union européenne que la solution trouvée soit équitable. Elle devait aussi offrir à l’industrie automobile européenne des remèdes et une protection adéquats. Nous pensons avoir trouvé cette solution, pour les véhicules électriques à batterie comme pour les hybrides et hybrides rechargeables. Comme je l’ai dit, nous y sommes parvenus après des négociations approfondies avec nos homologues chinois.
Modérateur : Difficile de voir avec ces projecteurs… Financial Times.
Joe Leahy (Financial Times) : Merci. Joe Leahy, du Financial Times. L’UE a déclaré en juin qu’une action décisive serait nécessaire d’ici octobre pour réduire le déficit de l’Europe avec la Chine. Ces accords suffisent-ils, selon vous, à écarter toute action de l’UE ?
Commissaire Šefčovič : Non. Ce qui a été très clairement énoncé, c’est que cette phase de négociation très intense devait produire un résultat tangible. C’est pour cette raison que nous avons créé le mécanisme de consultations sur le commerce et l’investissement. Nous venons d’en clore la deuxième session cet après-midi. Je sais par exemple que nos partenaires américains ont mené beaucoup plus de cycles que nous. Nous avons traversé une phase très intense, et je crois que nous avons obtenu de très bons résultats.
Comme je l’ai dit, le ministre Wang Wentao et moi partageons sur ce point une compréhension claire : ce n’est pas la fin, c’est le début. J’apprécie vivement l’engagement du ministre. Nous sommes prêts à travailler ensemble au rééquilibrage des échanges entre la Chine et l’Union européenne.
Pour les hybrides et hybrides rechargeables, il s’agit de réduire de plusieurs millions de voitures, sur quatre ans, les exportations de la Chine vers l’Union européenne. C’est à mes yeux très significatif. Nous parlons aussi d’une solution pour sept lignes tarifaires très concrètes. Elles offrent des solutions variées à presque chacun des États membres. Je me félicite également que nous cherchions à fluidifier davantage le mécanisme de licences d’exportation des terres rares et des aimants permanents pour les entreprises européennes.
Dans l’ensemble, ce paquet démontre selon moi que ces négociations produisent des résultats lorsqu’elles sont menées de manière aussi constructive qu’aujourd’hui. Il montre aussi la voie à suivre. Pour nous, c’est en quelque sorte un modèle pour la phase suivante.
Nous avons déjà arrêté l’ordre du jour des prochaines réunions. J’aurai un appel vidéo avec M. Wang Wentao dès janvier, après la mise en œuvre de cette première entente commune. Nous regarderons alors plus loin. Nous voulons tenir une nouvelle session des consultations, cette fois en Europe, probablement dès mars. C’est ce mécanisme qui nous aidera, je crois, à avancer progressivement dans le rééquilibrage des échanges entre la Chine et l’Union européenne.
Chapitre 5 : Procédures de mise en œuvre
Modérateur : [Nom inaudible], du journal Le Monde.
Journaliste (Le Monde) : Pourriez-vous nous expliquer comment vous allez réduire de moitié le nombre d’hybrides rechargeables vendus en Europe ? Si les consommateurs européens veulent les acheter, comment allez-vous les limiter ?
Commissaire Šefčovič : Il existe différentes techniques pour cela. Si vous regardez ce qui s’est passé ces deux derniers mois, je pense que vous trouverez la réponse. Vous comprendrez cependant que je dois d’abord discuter de la technique et des procédures, et obtenir pour ces étapes l’aval des dirigeants de l’Union européenne.
Je tiens à le souligner une fois encore : nous savons exactement sur quoi nous nous sommes mis d’accord, ce que nous voulons obtenir et comment nous allons y parvenir. Ce point ne pose donc pas de problème. Le plus difficile était d’arriver jusqu’ici. Nous devons maintenant présenter l’accord aux dirigeants. Ils devront juger s’il est suffisamment convaincant pour engager les étapes suivantes. Le reste relève de la procédure.
Je peux vous promettre qu’une fois cet aval obtenu, nous nous mettrons au travail au plus vite, dès notre retour à Bruxelles. Vous savez que les dirigeants examineront ces solutions négociées et cette entente commune dès jeudi prochain. Ils l’examineront et l’évalueront ; nous commencerons alors à agir et à mettre toutes les procédures en place.
Modérateur : The New York Times.
Keith Bradsher (New York Times) : Une question de Keith Bradsher, du New York Times. En quoi votre accord sur les hybrides rechargeables diffère-t-il de l’accord conclu par l’UE avec la Chine il y a une douzaine d’années sur les panneaux solaires ? Permet-il, lui aussi, à la partie chinoise de décider qui vendra, avec une marge plus élevée, un nombre réduit de véhicules dans l’Union européenne ? Merci.
Commissaire Šefčovič : Il me serait très difficile, à ce stade, de comparer dans le détail le cas des panneaux solaires et celui des hybrides rechargeables. C’était une autre époque. Le monde d’aujourd’hui est complètement différent et bien plus turbulent.
Nous avons constaté une hausse spectaculaire des exportations d’hybrides et d’hybrides rechargeables vers l’Union européenne. Il était donc absolument impératif pour nous d’agir. Nous avons présenté le dossier à nos homologues chinois. Nous leur avons expliqué très clairement que l’ampleur de la flambée des exportations chinoises de certains produits vers l’UE dépasse largement une simple logique commerciale. Cette flambée pourrait en effet menacer des secteurs entiers de l’industrie européenne, littéralement des milliers d’emplois. L’opinion publique et les dirigeants attendent clairement de nous une action très rapide.
Je suis heureux de dire que nos partenaires chinois ont entendu cet argument politique très fort. Nous pouvons donc procéder par une solution négociée. Quant aux techniques et aux procédures, nous vous informerons volontiers en détail une fois le feu vert des dirigeants obtenu.
Modérateur : Je passe de ce côté. Monsieur, du South China Morning Post.
Journaliste (South China Morning Post) : Bonjour, merci. [Dury, nom incertain], du South China Morning Post. J’ai une question sur les terres rares. L’accord sur les terres rares est-il suffisant pour l’UE ? Et suffit-il à éviter une guerre commerciale entre l’UE et la Chine ?
Commissaire Šefčovič : Pouvez-vous répéter la dernière partie de votre question, s’il vous plaît ?
Journaliste : Est-ce suffisant pour éviter une guerre commerciale entre l’UE et la Chine ?
Commissaire Šefčovič : Tout d’abord, nous n’avons jamais parlé de guerre commerciale. Vous m’avez sans doute entendu dire que je fais partie de ceux qui le savent : il est parfois très facile de déclarer une guerre commerciale, ou n’importe quelle guerre, mais très difficile d’y mettre fin. C’est pourquoi j’accorde tant d’importance aux négociations. Je suis heureux de pouvoir vous en présenter aujourd’hui le résultat.
Quant aux terres rares, nous avons traversé quelques moments critiques l’an dernier. Le ministre Wang Wentao et moi nous sommes alors immédiatement réunis à notre niveau, et nous avons tenu plusieurs réunions sur ce sujet dès l’an dernier. Nous nous sommes impliqués personnellement et directement pour mettre en place une procédure accélérée. Elle a garanti l’approvisionnement de l’industrie européenne en terres rares et en aimants permanents.
Nous examinons maintenant comment rendre cette procédure encore plus fluide et plus simple pour les entreprises européennes. Elle gagnerait ainsi en transparence et en prévisibilité pour cette chaîne d’approvisionnement essentielle. Je crois que cette entente nous permet d’y parvenir. L’industrie européenne accueillera très favorablement ces nouvelles avancées.
Matthias Kamp (NZZ) : Bonsoir. Matthias Kamp, du quotidien suisse NZZ. La déclaration conjointe évoque des engagements de prix pour les véhicules électriques. Pourriez-vous entrer un peu plus dans le détail ? Existe-t-il un calendrier ? Pourriez-vous chiffrer ces engagements de prix et nous donner quelques chiffres ?
Commissaire Šefčovič : Si vous suivez ce sujet, vous savez qu’il est extrêmement technique. Il faut cependant rappeler un point important. Nous avons passé beaucoup de temps sur cette question, en particulier lorsque l’Union européenne a instauré des droits compensateurs dans ce segment. Certaines entreprises ont alors souhaité étudier la possibilité d’un engagement de prix.
Nous avons donc publié en janvier de cette année des lignes directrices. Elles précisent le fonctionnement de ces procédures, leurs paramètres et leurs effets attendus. Le sujet a été rediscuté, et nous avons réaffirmé que les lignes directrices de janvier restent en vigueur et valables. Je vous renvoie donc à ces lignes directrices. Si des précisions techniques sont nécessaires, nos experts vous les fourniront volontiers.
Je prends une dernière question. Bloomberg, s’il vous plaît.
Linda Lou (Bloomberg News) : Merci, Monsieur le Commissaire. Linda Lou, de Bloomberg News. Vous avez évoqué la conformité de ces accords commerciaux avec les règles de l’OMC. Pouvez-vous préciser ce que cela signifie ? Prévoyez-vous des garde-fous supplémentaires pour garantir leur compatibilité avec ces règles ? Merci.
Commissaire Šefčovič : Oui. Comme je l’ai dit, je dois réserver pour plus tard les détails sur la technique et la procédure concrètes. Nous devons d’abord les présenter aux dirigeants des institutions de l’Union européenne et aux États membres.
Je tiens cependant à vous rassurer. Nous sommes entrés dans le moindre détail avec le ministre Wang Wentao et son équipe. Nous nous sommes assurés que la procédure proposée est conforme aux règles de l’OMC, pleinement compatible avec elles, et qu’elle repose sur des solutions négociées. Une fois le feu vert des dirigeants obtenu, nous procéderons au plus vite.
Modérateur : Si vous me le permettez, une toute dernière question. Frankfurter Allgemeine Zeitung.
Journaliste (Frankfurter Allgemeine Zeitung) : Merci beaucoup, et pardon de vous garder éveillé si tard à Pékin. Si j’ai bien compris, pour les voitures hybrides, il s’agit d’environ moins 50 % sur les quatre prochaines années. Quelle est la base de référence ? Les ventes de cette année ? Celles de l’an dernier ? Pourriez-vous détailler un peu ces chiffres ? Merci.
Commissaire Šefčovič : Bien sûr. Dans ce type de situation, on travaille sur les flux commerciaux et sur des projections. Nous considérons une période de quatre ans. Selon nos projections, cela représente plus qu’une division par deux des exportations d’hybrides et d’hybrides rechargeables vers l’Union européenne, par rapport à un scénario à politique inchangée. Par cette mesure, nous évitons donc en réalité l’exportation de plusieurs millions de voitures de la Chine vers l’Union européenne.
Vous avez sans doute déjà vu que l’ACEA, l’Association des constructeurs européens d’automobiles, a salué cette étape et se félicite de l’accord. Merci pour cette question importante et détaillée… (fin de la vidéo)
Sources chinoises, 2026