Sources chinoises, bulletin n°16, le 12 février 2026
Genève, le 6 février 2026
Monsieur le Président,
Permettez-moi tout d’abord de souhaiter la bienvenue au nouveau Représentant permanent du Pérou à l’occasion de sa prise de fonctions et de son entrée au sein de la grande famille de la Conférence du désarmement.
À l’instant, le Vice-Secrétaire d’État adjoint des États-Unis, M. Thomas DiNanno, ainsi que l’Ambassadeur Gatilov, Représentant permanent de la Fédération de Russie à Genève, ont pris la parole sur des questions telles que le Traité sur les mesures de réduction et de limitation des armements stratégiques offensifs (New START). Leurs interventions ont été utiles pour permettre aux délégations de mieux comprendre les politiques et considérations de certains États en matière de maîtrise des armements nucléaires, en particulier les conséquences liées à l’expiration du Traité.
Dans le même temps, la délégation chinoise a pris note du fait que la partie américaine a de nouveau, dans son intervention, déformé et discrédité la construction des capacités de défense nationale de la Chine. La Chine s’oppose fermement à ce type de narration fallacieuse et rejette catégoriquement ces accusations infondées. Je souhaite saisir cette occasion pour exposer brièvement la position et les propositions de la Chine.
Premièrement, la Chine a toujours adopté une attitude extrêmement prudente et responsable en ce qui concerne les armes nucléaires.
La Chine adhère de longue date à une stratégie nucléaire strictement défensive, respecte une politique de non-recours en premier à l’arme nucléaire, et s’engage sans condition à ne pas utiliser ni menacer d’utiliser des armes nucléaires contre des États non dotés d’armes nucléaires ou des zones exemptes d’armes nucléaires.
La Chine maintient en permanence ses forces nucléaires au niveau minimum requis par la sécurité nationale (1), sans aucune intention de s’engager dans une course aux armements avec quelque pays que ce soit.
Deuxièmement, la Chine a toujours estimé que la promotion du désarmement nucléaire devait suivre les principes du maintien de la stabilité stratégique mondiale et de la sécurité non diminuée pour tous les États, en procédant par des réductions progressives, équilibrées vers le bas, et de manière graduelle.
Les forces nucléaires chinoises ne sont en aucun cas comparables en volume ou en nature à celles des États-Unis et de la Russie. Dans les conditions actuelles, la Chine ne participera pas à des négociations sur le désarmement nucléaire.
La Chine considère que les États possédant les arsenaux nucléaires les plus importants doivent continuer à assumer leur responsabilité prioritaire particulière en matière de désarmement nucléaire, en procédant à des réductions substantielles, vérifiables, irréversibles et juridiquement contraignantes, afin de créer les conditions nécessaires à l’élimination complète et totale des armes nucléaires. Lorsque les conditions seront mûres, tous les États dotés d’armes nucléaires devront rejoindre le processus de négociation du désarmement nucléaire.
Troisièmement, la Chine regrette profondément l’expiration du Traité New START.
Ce Traité joue un rôle crucial dans le maintien de la stabilité stratégique mondiale, et la communauté internationale exprime de larges préoccupations quant aux effets négatifs que son expiration pourrait avoir sur le régime international de désarmement nucléaire et sur l’ordre nucléaire mondial.
La Chine appelle les États-Unis à répondre activement à la proposition russe, à traiter de manière responsable les arrangements post-Traité, et à reprendre au plus vite le dialogue sur la stabilité stratégique avec la Fédération de Russie.
Monsieur le Président,
En réponse à l’intervention de la délégation américaine, je souhaite souligner plusieurs points supplémentaires.
La situation sécuritaire mondiale est aujourd’hui complexe et grave. L’hégémonisme, la politique de puissance et l’unilatéralisme portent gravement atteinte à l’ordre international issu de l’après-guerre. Les États-Unis recherchent une supériorité stratégique absolue et des sphères d’influence, en violation des buts et principes de la Charte des Nations Unies, lançant de manière arbitraire des frappes militaires contre des États souverains et attisant les confrontations de blocs, devenant ainsi la principale source d’escalade des courses aux armements internationales et régionales.
En réalité, ce sont les multiples pratiques négatives des États-Unis dans le domaine de la maîtrise des armements nucléaires qui constituent aujourd’hui la plus grande source de risques pour la sécurité internationale. Ces pratiques sont nombreuses. La délégation russe en a déjà exposé les détails, et la Chine partage pleinement ces préoccupations. Je me contenterai ici d’en citer quelques-unes :
L’investissement de plusieurs milliers de milliards de dollars dans la modernisation complète de la triade nucléaire, accompagné du développement de nouveaux types d’armes nucléaires ;
La destruction continue du régime international de maîtrise des armements, notamment par le retrait du Traité ABM et du Traité FNI, instruments juridiques essentiels à la stabilité stratégique mondiale ;
Le déploiement d’armes nucléaires à l’étranger, le renforcement de la dissuasion étendue, la tentative de transposer en Asie-Pacifique des mécanismes de « partage nucléaire », ainsi que des coopérations en matière de sous-marins nucléaires impliquant le transfert de matières nucléaires de qualité militaire à des États non dotés d’armes nucléaires ;
La poursuite du déploiement de systèmes de défense antimissile à l’échelle mondiale, y compris le programme de défense antimissile « Golden Dome », et la recherche du déploiement d’armes d’interception dans l’espace extra-atmosphérique. Alors que les États-Unis accusent la Russie d’un éventuel déploiement d’armes dans l’espace, nous constatons que les documents publics relatifs au programme « Golden Dome » évoquent explicitement l’intention de déployer des intercepteurs dans l’espace ;
La multiplication de déclarations nucléaires irresponsables, y compris des menaces de reprise des essais nucléaires.
La délégation américaine accuse la Chine d’« expansion rapide et opaque de son arsenal nucléaire ».
Je souhaite réaffirmer que la Chine respecte fermement sa politique de non-recours en premier, maintient une stratégie nucléaire défensive et fait preuve d’une retenue extrême tant dans l’ampleur que dans le développement de ses forces nucléaires, sans aucune intention de s’engager dans une course aux armements nucléaires.
La mise en avant répétée de la soi-disant « menace nucléaire chinoise » par les États-Unis vise en réalité à détourner leur propre responsabilité en matière de désarmement nucléaire et à justifier une hégémonie nucléaire — il s’agit d’une pure manœuvre politique.
En tant que grande puissance responsable, la Chine assume l’importante responsabilité de défendre sa souveraineté, sa sécurité et ses intérêts de développement, tout en contribuant à la paix et à la sécurité internationales. La Chine adopte une retenue maximale dans la taille et le développement de ses forces nucléaires ; elle ne se compare jamais à d’autres États en termes d’investissements, de quantités ou d’échelle, et ne s’engagera jamais dans une course aux armements nucléaires. La Chine respecte son engagement de moratoire sur les essais nucléaires.
Conformément au principe d’une force nucléaire restreinte mais efficace, la Chine développe ses capacités de pré-alerte stratégique, de commandement et contrôle, de pénétration des défenses antimissiles, de réaction rapide et de survivabilité, afin de garantir la sécurité, la fiabilité et l’efficacité de ses armes nucléaires, de dissuader toute utilisation ou menace d’utilisation d’armes nucléaires contre la Chine, et de contribuer à la sécurité stratégique nationale ainsi qu’à la stabilité stratégique mondiale.
Tant que certains États n’ont aucune intention d’utiliser ou de menacer d’utiliser des armes nucléaires contre la Chine, ils n’ont aucune raison de considérer les forces nucléaires chinoises comme une menace.
Plutôt que de spéculer sur la politique et les capacités nucléaires de la Chine et de propager la soi-disant « théorie de la menace nucléaire chinoise », les États-Unis feraient mieux de procéder à un examen de conscience et de répondre concrètement aux préoccupations de la communauté internationale concernant leurs orientations négatives dans le domaine nucléaire.
Enfin, je souhaite de nouveau exhorter la partie américaine à cesser ses accusations infondées et ses campagnes de dénigrement à l’encontre de la politique nucléaire et de la construction des capacités de défense nationale de la Chine.
M. DiNanno a évoqué un « nouvel âge de la maîtrise des armements ».
La Chine attend des États-Unis qu’ils abandonnent, dans ce nouvel âge, les mentalités de guerre froide et l’unilatéralisme, qu’ils adoptent des concepts de sécurité commune et coopérative, qu’ils renoncent à une politique nucléaire fondée sur le recours en premier à l’arme nucléaire, et qu’ils assument pleinement leur responsabilité prioritaire particulière en matière de désarmement nucléaire, afin de jouer un rôle constructif dans la préservation de la sécurité internationale et la promotion du processus de maîtrise des armements nucléaires.
Je vous remercie, Monsieur le Président.
(1) passages intéressants surlignés par moi.
Sources chinoises 2026