Sources chinoises, le 9 juillet 2026

Discours du professeur Yang Jiemian : les universitaires chinois sont « collectivement réduits au silence » sur la scène internationale

Intervention de Yang Jiemian à l’Université du Peuple, le 6 juin 2026, Pékin

Yang Jiemian :

” La configuration internationale actuelle peut être résumée ainsi : « une superpuissance qui défend sa suprématie, plusieurs puissances qui cherchent à devenir plus fortes » (« 一超卫超、多强求强 »).

Par le passé, nous parlions souvent d’« une superpuissance et plusieurs puissances » (« 一超多强 ») ; certains estimaient aussi qu’il fallait parler d’« une superpuissance qui n’est plus vraiment superpuissante, et de plusieurs puissances qui ne sont pas vraiment fortes » (« 一超不超,多强不强 »).

Pour ma part, je préfère employer les notions de Defend — défendre, préserver — et Demand — réclamer, obtenir. Les États-Unis « défendent » leur statut de superpuissance, tandis que les autres puissances « réclament » davantage de droit à la parole.

La Chine doit adopter une pensée stratégique de « grande diplomatie » (« 大外交 »), prendre l’initiative, agir avec précision, et jouer un rôle plus important dans la transformation du système de gouvernance mondiale (« 全球治理体系变革 »).

Si nous regardons les cent dernières années et davantage, nous avons connu la dissolution de la Société des Nations, puis la création de l’Organisation des Nations unies. Aujourd’hui, l’Organisation des Nations unies existe depuis quatre-vingts ans.

Dans quelle direction évolueront à l’avenir la gouvernance mondiale (« 全球治理 ») et les mécanismes multilatéraux (« 多边机制 ») ? Voilà une question macroscopique à laquelle nous devons réfléchir en profondeur.

I. Les études aréales et nationales et la gouvernance mondiale

Aujourd’hui, les études aréales et nationales (« 区域国别学 ») entrent dans une phase d’essor. En 2022, les études aréales et nationales ont été officiellement intégrées au Catalogue des disciplines et spécialités de l’enseignement supérieur de deuxième et troisième cycles (« 研究生教育学科专业目录 »), devenant une discipline de premier rang dans la catégorie du champ interdisciplinaires.

Elles fournissent ainsi un soutien académique central à l’étude systématique, par la Chine, des différents pays et régions du monde.

Dans ce cadre disciplinaire, la « gouvernance mondiale » (« 全球治理 ») est à la fois une orientation de recherche importante et un champ de pratique essentiel au service de la stratégie nationale.

En septembre 2025, le président Xi Jinping a proposé l’Initiative pour la gouvernance mondiale (« 全球治理倡议 ») lors de la réunion « Organisation de coopération de Shanghai + » (« 上海合作组织+ »). La réunion a souligné la nécessité d’observer l’égalité souveraine (« 主权平等 »), de respecter la gouvernance internationale par le droit international (« 国际法治 »), de pratiquer le multilatéralisme (« 多边主义 »), de promouvoir une approche centrée sur l’humain (« 以人为本 ») et d’accorder de l’importance à l’action (« 行动导向 »).

Par rapport aux précédentes « trois grandes initiatives » (« 三大倡议 »), s’« orienter vers l’action » constitue une nouvelle formulation (« 新的提法 »).

Depuis le 1er septembre jusqu’à aujourd’hui, la gouvernance mondiale est devenue un domaine de recherche extrêmement important pour nous. Nous devons étudier la gouvernance mondiale à partir de la perspective des études aréales et nationales.

Aujourd’hui, tout le monde utilise l’intelligence artificielle. Mais lorsque vous demandez, d’entrée de jeu, à un système d’intelligence artificielle d’expliquer « la conception canadienne de la gouvernance mondiale » ou « la théorie tanzanienne de la gouvernance mondiale », le système produit souvent des résultats dépourvus de profondeur. Pourquoi cela se produit-il ?

Le problème tient au fait qu’à l’heure actuelle, l’écriture des codes et la construction des modèles d’intelligence artificielle sont essentiellement dominées par les experts des sciences et de l’ingénierie, tandis que les sciences humaines et sociales restent souvent au stade où elles cherchent seulement à être « outillées par la technologie » — l’empowerment, ou l’habilitation par la technologie (« 被技术赋能 »).

En réalité, nous devrions davantage chercher à « outiller l’intelligence artificielle » — empowering AI (« 赋能AI »).

Dans toute la Chine, nous avons tant d’experts, de chercheurs, d’enseignants et d’étudiants. Si nous introduisons et entraînons chaque jour des contenus dans les systèmes, l’intelligence artificielle changera.

À mon sens, pour le monde des affaires, l’intelligence artificielle est un outil de gestion destiné à générer du profit ; pour les scientifiques, ce qui importe est la nature technique de l’intelligence artificielle ; pour les chercheurs en sciences sociales, nous devons avoir une pensée et des idées (« 思想、有理念 »).

Il doit en aller de même pour les études aréales et nationales.

Les études aréales et nationales obéissent à une logique qui oscille entre «pays et régions vers les problèmes globaux des États, et des manifestations régionales vers leurs effets globaux » (« 从国别区域到全球国家问题,从区域表现到全球影响 »).

Dans mon propre parcours d’enseignement et de recherche, j’ai davantage travaillé sur les questions américaines. Au départ, j’étudiais directement les relations sino-américaines.

Mais j’ai ensuite compris que cette voie de recherche n’était pas appropriée. Si les jeunes camarades ici présents souhaitent s’engager dans les études aréales et nationales, ils doivent d’abord partir de son propre pays lui-même, travailler en profondeur, étudier concrètement son économie, sa politique, sa société, sa culture et ses coutumes. Ce n’est que sur cette base qu’ils pourront ensuite élargir leur recherche à sa diplomatie, à ses relations de voisinage et aux jeux entre grandes puissances.

Voilà les fondamentaux des études aréales et nationales.

C’est pourquoi je répète souvent cette phrase : pour devenir un « connaisseur de l’étranger » (« 外国通 »), il faut d’abord devenir un « connaisseur de la Chine » (« 中国通 »). Si l’on n’a même pas étudié en profondeur les affaires chinoises, comment pourrait-on bien étudier les affaires étrangères ?

Face à une situation internationale complexe et enchevêtrée, nous devons former des talents polyvalents en gouvernance mondiale (« 复合型的全球治理人才 »).

La gouvernance mondiale implique de nombreux domaines croisés : droit international, règles internationales, situation des pays, situations sociales, etc. Cela exige des chercheurs qu’ils soient « vastement informés et capables de connaître un peu de tout » (« 博闻广识,通晓万物 »), ou, en anglais, « know something of everything ».

Le temps et l’énergie d’une personne sont limités ; il faut donc être capable de synthétiser. C’est pourquoi nous avons besoin de talents polyvalents en gouvernance mondiale.

Or, à l’heure actuelle, le monde académique présente encore certaines lacunes dans la formation des talents. J’utilise souvent la métaphore du « couvercle » (« 盖子 »). Certains étudiants en droit international, quel que soit le sujet que vous lancez dans une réunion, reviennent toujours, en raison d’un cadre de connaissances trop unique, aux articles de droit international qu’ils connaissent bien. Cette voie du « spécialiste étroit » (« 专而不博 ») ne permet pas de répondre aux besoins de la gouvernance mondiale moderne.

Les futurs talents de la gouvernance mondiale doivent avoir une structure évasive « en forme de trompette » (« 喇叭型 ») : s’appuyer sur leur discipline de base, tout en s’ouvrant activement vers l’extérieur.

Se contenter de s’en tenir à la seule spécialité apprise à l’université ne fonctionne plus dans les carrières actuelles ni dans le travail des groupes de réflexion. Il faut constamment mettre à jour sa structure de connaissances.

Par ailleurs, je suis très inquiet de constater que, dans les conférences internationales actuelles, il semble y avoir de moins en moins de chercheurs chinois capables de communiquer directement en langue étrangère. L’argument avancé est souvent le suivant : « l’interprétation simultanée est déjà suffisamment bonne ; pour exprimer les choses avec précision, je parlerai aujourd’hui en chinois » (« 同声传译已经足够好,为了精准表述,我今天用中文发言 »).

En réalité, l’interprétation simultanée (« 同声传译 ») ne peut transmettre que 60 % à 70 % de la pensée, c’est déjà sa limite. Cela correspond aussi à un point douloureux que le secrétaire général Xi Jinping a profondément souligné :

« Pour interpréter la pratique chinoise et construire la théorie chinoise, nous devrions être ceux qui ont le plus voix au chapitre ; mais en réalité, la voix de la philosophie et des sciences sociales de notre pays sur la scène internationale reste relativement faible, et nous nous trouvons encore dans une situation où nous avons raison mais ne savons pas le dire, ou bien où nous le disons mais cela ne se diffuse pas » (« 在解读中国实践、构建中国理论上,我们应该最有发言权,但实际上我国哲学社会科学在国际上的声音还比较小,还处于有理说不出、说了传不开的境地 »).

C’est pourquoi, face à une situation internationale complexe et enchevêtrée, nous devons former des talents polyvalents capables d’apprendre un peu de tous les « dix-huit arts martiaux » (« 十八般武艺 »).

Ces talents composites (« 复合型人才 ») doivent non seulement être composites sur le plan théorique et académique, mais aussi combler leurs lacunes, dans les disciplines croisées que sont les études aréales et nationales, par la pratique et par la recherche empirique.

Aujourd’hui, dans les universités, beaucoup de jeunes enseignants manquent d’expérience de travail à l’étranger. Dans ce cas, s’il existe un certain soutien financier, il convient de donner la priorité à des enquêtes de terrain (« 田野调查 ») dans la région ou le pays étudié, et de ne pas considérer les déplacements uniquement comme un loisir ou du tourisme.

Par exemple, si l’on travaille sur l’Asie du Sud-Est et que les moyens financiers sont limités, si l’on ne peut pas se rendre directement dans le pays étudié en Asie du Sud-Est, on peut d’abord aller au Yunnan ou au Guangxi, dans les zones frontalières. À Ruili, par exemple, le lieu appelé « un village, deux pays » (« 一寨两国 ») permet de ressentir concrètement la géographie politique.

Aujourd’hui, les crédits et les ressources de recherche sont relativement contraints. Si l’on disperse les efforts de manière égale, ni les institutions ni les individus ne verront des résultats.

Il faut donc concentrer les ressources, allonger les cycles et faire ressortir les priorités.

Les étudiants d’aujourd’hui sont souvent pleins de jeunesse et de vitalité. Après le Bac, beaucoup établissent une liste de choses à acheter : acheter un téléphone portable à plus de dix mille yuans, se faire une permanente, voyager.

Je suggère que, dès le premier voyage, tout le monde commence à relier son itinéraire aux études aréales et nationales. Si vous ne pouvez pas aller en Corée du Nord, vous pouvez d’abord aller voir la frontière du Nord-Est.

Sur une ligne frontalière, il n’y a souvent qu’un fossé entre deux pays. Il suffit de regarder de l’autre côté pour que naissent spontanément un sens pratique, concret, empirique et utile de la géopolitique (« 地缘政治的实践感、实际感、实证感与实用感 »).

Au sommet de la polyvalence en gouvernance mondiale se trouvent les « talents de maréchal » (« 帅才 ») et les « talents de général » (« 将才 »).

Dans l’écosystème académique actuel, je ne suis pas très favorable à ce que les chercheurs chinois, lorsqu’ils rédigent des articles, citent de manière excessive et aveugle les points de vue occidentaux.

Les articles deviennent de plus en plus longs, mais ils aiment toujours citer les points de vue occidentaux. Nous devrions davantage citer les points de vue des Chinois eux-mêmes, et en particulier citer davantage les travaux de recherche des jeunes chercheurs chinois.

Si vous citez Kissinger cent fois de plus, cela ne change rien pour Kissinger.

Mais si vous citez cent fois un jeune chercheur, vous pourrez très probablement l’aider à monter d’un niveau dans sa carrière académique, car les jeunes possèdent l’esprit d’ascension et les idées les plus activables.

À ce stade, j’aimerais inviter les jeunes camarades présents à réfléchir à une question : quelle est aujourd’hui notre principale stratégie nationale ? Le rapport du XXe Congrès du Parti l’énonce très clairement :

« À partir de maintenant, la tâche centrale du Parti communiste chinois est d’unir et de conduire le peuple de toutes les ethnies du pays pour construire intégralement un grand pays socialiste moderne, réaliser l’objectif du deuxième centenaire, et promouvoir globalement le grand renouveau de la nation chinoise par la modernisation chinoise » (« 从现在起,中国共产党的中心任务就是团结带领全国各族人民全面建成社会主义现代化强国、实现第二个百年奋斗目标,以中国式现代化全面推进中华民族伟大复兴 »).

Cependant, les jeunes chercheurs d’aujourd’hui sont-ils concentrés sur cet objectif ? Parmi les camarades présents, ceux qui peuvent tenir une heure sans regarder leur téléphone sont sans doute très peu nombreux.

Aujourd’hui, l’anxiété liée au téléphone portable se répand. Ceux qui peuvent lire chaque jour le Quotidien du Peuple et regarder le Journal télévisé sont aussi de moins en moins nombreux.

Tout le monde a pris l’habitude de scroller sur son téléphone.

Or le média qu’est le téléphone portable possède des caractéristiques de fragmentation, de divertissement et d’immédiateté. Dans la logique de recommandation algorithmique du téléphone, c’est souvent : « Good news is not news, only bad news is news » — les bonnes nouvelles ne sont pas des nouvelles, seules les mauvaises nouvelles en sont.

Les camarades de moins de 45 ans présents ici ont presque tous grandi sous l’influence du téléphone portable. Selon les statistiques, les Chinois passent en moyenne 7,5 heures par jour sur leur téléphone.

En réalité, il nous suffit de consacrer deux heures par jour aux informations nécessaires sur téléphone. Si vous pouvez vous détacher des informations fragmentaires et des ragots, vous pouvez libérer cinq heures par jour. Si vous consacrez ces cinq heures précieuses à votre recherche professionnelle et à la formation de vos capacités au pluriel, les résultats seront inestimables.

Enfin, pour construire un système autonome de savoir (« 自主知识体系 »), les éléments les plus importants sont le cadre théorique fondamental (« 基本理论框架 ») et les principaux objectifs professionnels (« 主要专业目标 »).

II. Les défis de l’époque dans le contexte des transformations inédites depuis un siècle

Les défis auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui sont multiples. Leur caractéristique centrale se manifeste dans l’entrelacement et l’imbrication de l’unilatéralisme, de l’hégémonisme et du multilatéralisme.

Au niveau des mécanismes et des règles, les organisations internationales actuelles, telles que l’Organisation des Nations unies, se trouvent souvent, lorsqu’elles se réunissent, confrontées à une impasse réelle : on délibère sans décider, on pousse sans appliquer (« 议而不决、推而不行 »).

Si l’on revient sur les quatre-vingts années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, depuis 1956, l’humanité a été confrontée à plusieurs reprises à un danger de guerre imminent.

La première fois fut la guerre de Corée. Nous, Chinois, donnons souvent des prénoms étroitement liés à la situation générale du pays. À cette époque, de nombreux prénoms comportant « Aider la Corée » (« 援朝 »), en référence à la guerre de résistance à l’Amérique et d’aide à la Corée (« 抗美援朝 »), sont apparus.

La deuxième fois fut celle de la formule « les révisionnistes soviétiques n’ont jamais cessé de vouloir nous détruire » (« 苏修亡我之心不死 »), lorsque le pays proposa la stratégie de préparation à la guerre : « creuser profondément les tunnels, accumuler largement les céréales, ne pas chercher l’hégémonie » (« 深挖洞、广积粮、不称王 »).

Le troisième tournant décisif fut la décision prise en 1982 par le camarade Deng Xiaoping de transférer le centre de gravité stratégique du pays vers la construction économique (« 经济建设 »).

Ces dernières années, bien qu’une guerre mondiale n’ait pas éclaté, les conflits locaux et les grandes guerres se succèdent. C’est précisément la manifestation du désordre de l’ordre international (« 国际秩序失序 »).

Face à ces impasses, les mesures correctives adoptées aujourd’hui par la communauté internationale relèvent souvent d’expédients consistant à « soigner la tête quand elle fait mal, soigner le pied quand il fait mal » (« 头痛医头、脚痛医脚 »). Si l’on regarde le monde dans son ensemble, seule la Chine a proposé de manière systématique les quatre grandes initiatives mondiales (« 四大全球倡议 »), qui possèdent une forte signification de direction et d’exemplarité. Face aux défis globaux, nous devons nous préparer de multiples façons.

Tout d’abord, nous devons être clairs : la position actuelle de la Chine consiste à maintenir le système international centré sur l’Organisation des Nations unies (« 以联合国为核心的国际体系 »), et non à « créer un autre foyer/creuset » (« 另起炉灶 »).

Dans mes échanges avec de jeunes étudiants de master et de doctorat, je constate que leurs connaissances de l’histoire diplomatique de la Chine nouvelle sont parfois insuffisantes.

Ce n’est pas qu’ils ne l’aient jamais apprise, mais durant leur jeunesse, ils ont surtout été occupés à « bachoter » (« 刷题 ») ; une fois l’examen terminé, ils ont oublié ces connaissances.

C’est aussi pourquoi, au Bac, les étudiants disent souvent que la matière la plus difficile est justement la politique.

Au début de la Chine nouvelle, face à une société où le taux d’analphabétisme était relativement élevé, afin d’expliquer au peuple, dans le langage le plus simple possible, des relations internationales complexes, nous avons formulé les trois grandes orientations diplomatiques : « créer une autre foyer/creuser » (« 另起炉灶 »), « pencher d’un seul côté » (« 一边倒 ») et « Nettoyer chez soi avant d’y inviter du monde» (« 打扫干净屋子再请客 »).

Ensuite, nous devons nous souvenir de deux années clés : en 1971, la Chine a retrouvé son siège à l’Organisation des Nations unies ; en 2001, la Chine a officiellement adhéré à l’Organisation mondiale du commerce.

Durant les trente années allant de 1971 à 2001, la Chine a traversé d’innombrables détours et difficultés, s’intégrant progressivement au système international et devenant un participant, un constructeur, un contributeur, un défenseur et un réformateur de ce système (« 参与者、建设者、贡献者、维护者与改革者 »).

Nous devons donc bien sûr défendre pleinement le système des Nations unies.

Mais en tant que chercheurs, nous devons posséder un sens de l’anticipation (« 前瞻意识 ») et une pensée de « recherche avancée » (« 超前研究 ») : si la profondeur et la vitesse de la réforme de l’Organisation des Nations unies restent durablement limitées, devons-nous envisager que l’« époque post-ONU » (« 后联合国时代 », Post-UN) puisse arriver plus tôt ?

Dans le même temps, nous devons comprendre en profondeur les trois théories représentatives du marxisme sinisé (« 中国化马克思主义 ») dans le domaine diplomatique : la pensée diplomatique de Mao Zedong, la pensée diplomatique de Deng Xiaoping et la pensée de Xi Jinping sur la diplomatie.

Les chercheurs occidentaux nous accusent souvent de « ne savoir parler que de la pensée des dirigeants » (« 只会讲领导人思想 »), mais cela relève précisément de leurs préjugés. Les relations internationales et la diplomatie ont leur particularité.

Les dirigeants gouvernementaux sont actifs au premier rang de la pratique diplomatique, et leurs pensées possèdent la valeur pratique la plus élevée.

De la même manière, dans l’histoire des États-Unis, il existe la « doctrine Truman », la « doctrine Nixon » ou encore les « Reaganomics ».

En outre, dans la nouvelle configuration, nous devons accélérer la construction et le perfectionnement dans l’expression discursive chinoise (« 中国的话语表述 »), et consolider la construction de la puissance douce (« 软实力建设 »). La tâche la plus centrale consiste à transformer les conceptions politiques nationales en expressions académiques, médiatiques et didactique (« 将国家政策理念转化为学术表述、媒体表述与教材表述 »).

À l’heure actuelle, le ministère de l’Éducation promeut dans les disciplines tournées vers l’étranger les activités dites des « trois entrées » (« 三进 ») : faire entrer la pensée de Xi Jinping sur la diplomatie dans les écoles, dans les salles de classe et dans les esprits (« 习近平外交思想进学校、进课堂、进头脑 »).

Mais dans la pratique, s’il n’y a qu’un discours politique, les étudiants penseront souvent qu’ils assistent à un cours de politique et non à un cours de spécialité.

Notre langage académique, à nous chercheurs, doit aussi être amélioré d’urgence. Lorsque les gens rédigent des articles, les titres sont souvent trop plats, comme « Quelques réflexions sur telle question » (« 关于某某问题的若干思考 ») ou « Les trois grandes caractéristiques de telle chose » (« 某某三大特点 »).

Les médias, lorsqu’ils rédigent des titres, font face quant à eux au problème de « l’erreur convenable » (« 体面的错 »).

Aujourd’hui, à l’ère de l’économie de l’attention, où il y a « plus d’auteurs que de lecteurs » (« More writers than readers »), l’ancienne formule chinoise selon laquelle « le bon vin n’a pas peur des ruelles profondes » (« 酒香不怕巷子深 ») ne fonctionne plus dans la communication internationale moderne.

Même si le vin est parfumé, il faut aussi que le monde le sache (pour qu’il soit bu).

III. La transformation par étapes des tâches de gouvernance

À l’étape actuelle, nous nous trouvons encore dans le processus de « construction du système de gouvernance » (« 治理体系建设 »), car le système global n’est pas encore entièrement constitué.

À l’avenir, une fois le système achevé, nous passerons à l’étape de la « gouvernance du système » (« 体系治理 »).

Dans ce processus, la pensée directrice (« 指导思想 »), les normes et règles (« 规范规则 »), les structures organisationnelles (« 组织结构 ») et les critères d’évaluation (« 检验标准 ») devront tous passer d’un état « spontané » à un état « conscient » (« 从“自发”向“自觉”的转变 »).

Aujourd’hui, de nombreux pays occidentaux et organisations internationales pratiquent une « gouvernance des droits et intérêts » (« 权益治理 »). Par exemple, le système américain d’élection présidentielle tous les quatre ans et d’élections de mi-mandat tous les deux ans ne peut répondre qu’aux élections de court terme ; il ne peut absolument pas résoudre les problèmes de long terme de la gouvernance mondiale.

C’est pourquoi nous préconisons une « gouvernance intégrée » (« 综合治理 »), destinée à se transformer finalement en « gouvernance du système » (« 体系治理 »). À mon sens, cette évolution doit suivre trois étapes : construction théorique (« 理论建构 »), disposition stratégique (« 战略布局 ») et voie pratique (« 实践路径 »). Le concept de gouvernance mondiale (« 全球治理 ») a été proposé pour la première fois en 1992 par un groupe de chercheurs occidentaux dans l’ouvrage Governance without Government. Il a joué un rôle d’orientation.

À l’heure actuelle, notre faiblesse tient à ceci : nous avons beaucoup d’expressions de principe, beaucoup de slogans, mais peu de conceptions institutionnelles concrètes et peu de mesures pratiques. C’est un point sur lequel nous devons réfléchir sérieusement et auquel nous devons consacrer de grands efforts de recherche.

Sur la voie pratique de la gouvernance mondiale, nous devons d’abord disposer d’une hypothèse directionnelle (« 方向性的预设 ») : la partie existante, le « stock » (« 存量 »), doit être optimisée.

Par exemple, l’Organisation des Nations unies, qui constitue le plus grand stock existant, doit être optimisée structurellement. La partie nouvelle, l’« incrément » (« 增量 »), doit être gouvernée ; pour les domaines émergents comme l’intelligence artificielle et les technologies numériques, il faut commencer dès maintenant à concevoir des règles de gouvernance.

L’humanité a déjà eu des expériences réussies en la matière. Il y a vingt ans, lorsque la technologie du clonage est apparue, la communauté internationale est rapidement parvenue à un consensus interdisant le clonage humain. Pour la gouvernance de l’intelligence artificielle aujourd’hui, nous devons aussi établir à l’avance des pare-feu : « mieux vaut se développer un peu plus lentement, mais de manière plus sûre et meilleure » (« 宁可发展慢一点,但要安全、好一些 »).

L’histoire compte de nombreux précédents de gouvernance macroscopique. Avant et après la fin de la Première Guerre mondiale, le président américain Wilson a proposé les Quatorze Points et créé la Société des Nations ; dans la théorie des relations internationales, cela a été appelé « idéalisme » — devenu ensuite « libéralisme ». Avant et après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le président américain Roosevelt a conçu le système des Nations unies. Les Français Jean Monnet et Robert Schuman ont conçu avec intelligence la Communauté européenne, permettant à la France et à l’Allemagne, qui s’étaient combattues pendant plusieurs siècles, de maintenir la paix pendant quatre-vingts ans et de devenir l’axe de l’Union européenne actuelle.

La Chine doit aussi avoir ses propres Wilson, Roosevelt, Schuman et Monnet. Les Européens ont créé les « chaires Monnet » (« 莫内讲席 ») pour attirer les chercheurs chinois vers l’étude de l’Europe. Pourquoi ne pourrions-nous pas, à notre tour, créer à l’international des chaires portant le nom de chercheurs chinois, afin de diffuser activement les conceptions chinoises de la gouvernance mondiale (« 中国的全球治理理念 ») ?

Lorsque nous menons des recherches prospectives, nous devons avoir une grande imagination de l’avenir.

J’ai plaisanté un jour avec mes étudiants : j’aime beaucoup écouter le générique de la série Kangxi Dynasty, Emprunter encore cinq cents ans au ciel (« 向天再借五百年 »).

Mais la durée de vie humaine reste limitée. Cependant, même si nous ne pouvons pas vivre cinq cents ans de plus, nous pouvons imaginer.

En 1945, la carte du monde ne comptait qu’un peu plus de cinquante États indépendants. Aujourd’hui, il y en a déjà 195. Mis à part la dislocation de l’Union soviétique en seize États, celle de la Yougoslavie en six États et la division de la Tchécoslovaquie en deux, les nouveaux États viennent principalement du Sud global et des régions d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.

Je pense que, dans les cinq cents prochaines années, le monde développera une sorte de « science continentale » (« 大陆科学 », Continental science) : les États-Unis, la Chine et la Russie continueront d’exister, tandis que l’Union européenne, l’Union africaine, l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est et d’autres blocs régionaux joueront un rôle plus central.

Lorsque nous comprenons la société internationale, nous devons voir sa diversité et faire émerger progressivement un consensus dans un processus de longue durée. La gouvernance mondiale doit chercher le plus grand dénominateur commun de la société internationale (« 最大公约数 »).

Mieux vaut aller un peu plus lentement, mais de manière plus stable (« 宁可慢一些,但要稳一些 »).

Le camarade Deng Xiaoping a planifié la trajectoire de développement pour la fin du XXe siècle ; ensuite, le Comité central du Parti a proposé les « deux objectifs centenaires » (« 两个百年奋斗目标 ») et a organisé le grand plan allant jusqu’au milieu de ce siècle.

En tant que jeune génération, il faut porter son regard vers l’évolution de long cycle d’un avenir plus lointain.

En 1951, au début de la Chine nouvelle, l’espérance de vie moyenne par habitant en Chine n’était que de 38 ans.

Aujourd’hui, elle atteint environ 80 ans. Avec le doublement de l’espérance de vie moyenne, si la jeune génération veut avancer en bonne santé vers la longévité et réaliser les objectifs de transformation de long cycle à venir, elle doit seulement faire les trois choses suivantes.

Premièrement, respecter les lois de la nature et garantir un bon rythme de vie. Se lever le matin, dormir le soir. L’évolution du singe à l’homme a duré plusieurs millions d’années, tandis que le processus de socialisation humaine n’a que sept à huit mille ans.

Pendant très longtemps, les êtres humains ont vécu au rythme du lever et du coucher du soleil. Deux ou trois générations seulement de mode de vie moderne ne peuvent pas modifier ces lois physiologiques profondes.

Les problèmes de santé que connaissent aujourd’hui de nombreux jeunes étudiants proviennent souvent du fait de se coucher tard durablement et d’avoir un rythme de vie désordonné.

Deuxièmement, se tenir à l’écart de la pornographie, du jeu et de la drogue (« 黄赌毒 »), tout en se méfiant des nouvelles formes d’addiction médiatique.

Aujourd’hui, beaucoup d’étudiants sont excessivement absorbés par leur téléphone portable ; même dans les ascenseurs et dans d’autres situations, ils ne peuvent pas s’en séparer. Cela constitue déjà, dans une certaine mesure, une forme d’addiction.

Troisièmement, renforcer l’exercice physique.

Autrefois, des enseignants disaient qu’en raison du remplacement du travail physique par les machines, les membres humains — les mains et les pieds — deviendraient de plus en plus petits, tandis que la tête deviendrait de plus en plus grosse.

Mais dans la réalité, même chez les entrepreneurs de l’internet, dont le travail est essentiellement cérébral, les doigts et le cerveau sont également développés. Cela nous rappelle que nous devons continuer à faire du sport. Dans les futures recherches académiques, les questions croisées relatives à la santé publique, à la santé humaine et à la sécurité écologique prendront de plus en plus d’importance.

Comme le dit la formule : « quand on a de quoi se vêtir et se nourrir, on connaît la pudeur et l’honneur » (« 衣食足则知廉耻 »). La santé physique et le développement académique se renforcent mutuellement.

IV. Les interactions entre grands, moyens et petits États

Dans le système discursif des relations internationales, l’Occident utilise souvent l’expression « Great Power » pour désigner les grandes puissances. En anglais, la Chine utilise relativement peu ce terme, préférant l’expression plus objective de « grand pays » (« Big Country »).

C’est parce que, durant plus d’un siècle, la Chine a longtemps subi les invasions et l’oppression des puissances occidentales ; dans son contexte discursif, elle évite donc d’utiliser le terme « Western Power », chargé de connotations impérialistes.

Sur la question du nombre de grands pays dans le monde actuel, les visions systémiques des différents acteurs stratégiques présentent des différences marquées.

Le gouvernement Trump aux États-Unis tend vers une vision « G2 », selon laquelle il n’existerait dans le monde que deux grands pays principaux, les États-Unis et la Chine.

Le gouvernement Poutine tend vers une vision « G3 », plaçant la Russie, les États-Unis et la Chine sur le même plan.

L’Europe recherche un statut de « G4 », soulignant que « l’Europe ne doit pas être au menu, mais à la table ».

Le Royaume-Uni tente de maintenir son illusion de grande puissance en « G5 ».

La Chine, quant à elle, défend une vision en « N » (« N »), selon laquelle tous les États, grands et petits, sont égaux.

Par exemple, lorsque le secrétaire général Xi Jinping reçoit le président égyptien, il dit que l’Égypte est un grand pays ; lorsqu’il reçoit le président indonésien, il dit aussi la même chose.

Du point de vue de la structure de la gouvernance mondiale, les différents types de grands pays peuvent être essentiellement classés en trois niveaux : puissances hégémoniques (« 霸权大国 »), puissances traditionnelles (« 传统大国 ») et grands pays en développement (« 发展中大国 »). Ces forces se croisent principalement dans la plateforme du Groupe des vingt (« G20 »).

À l’heure actuelle, les grandes puissances sont encore très loin d’avoir atteint un consensus sur le système de gouvernance mondiale. La Chine préconise de « construire d’abord, défaire ensuite » (« 先立后破 »).

Les États-Unis préconisent de « défaire d’abord, construire ensuite » (« 先破后立 »), avec une tendance à se retirer des groupes et à détruire les accords, en commençant par perturber l’ordre existant.

La Russie procède en « défaisant tout en construisant » (« 边破边立 »).

L’Europe, l’Inde, le Brésil et d’autres forces légèrement plus faibles procèdent plutôt par « défaire après, construire après » (« 后破后立 »), en observant d’abord ce que feront les grandes puissances.

C’est ainsi que s’ouvre la compétition et le jeu entre les différents pays dans la gouvernance mondiale.

Si l’on considère le triangle Chine–États-Unis–Russie, la Chine insiste toujours sur la nécessité de « se renforcer à l’intérieur comme à l’extérieur » (« 内外兼修 »).

Le secrétaire général Xi Jinping souligne à plusieurs reprises qu’il faut d’abord bien gérer les affaires de la Chine elle-même.

Les États-Unis brandissent l’étendard de « l’Amérique d’abord » (« America First »), et agissent même ouvertement en dehors du droit international, comme lorsqu’ils ont enlevé de force le président vénézuélien Maduro, niant publiquement le principe de l’égalité de tous les États, grands et petits.

La Russie, quant à elle, s’appuie davantage sur les moyens militaires.

Les interactions stratégiques entre la Chine, les États-Unis et la Russie se caractérisent globalement par « lutte sans rupture » (« 斗而不破 ») et par « plus de compétition que de coopération » (« 争多合少 »).

Leur rivalité se diffuse continuellement en Europe, en Asie-Pacifique, en Amérique latine et en Afrique.

Kissinger, qui a vécu jusqu’à cent ans, continuait de défendre l’idée d’utiliser l’expérience du « grand triangle Chine–États-Unis–Union soviétique » de la guerre froide pour contenir la Chine à travers une relation Chine–États-Unis–Russie inversée.

Mais la Chine d’aujourd’hui n’est pas l’Union soviétique, les États-Unis n’ont plus la puissance qu’ils avaient à l’époque, et la Russie a beaucoup souffert ; elle ne nourrit plus l’illusion d’une alliance avec l’Occident.

Si l’on regarde le triangle Chine–États-Unis–Europe, le tournant stratégique américain, la revendication européenne d’autonomie stratégique (« 战略自主 ») et la montée continue de la puissance chinoise constituent des facteurs importants de transformation de la configuration.

Mais il faut reconnaître lucidement que, sur les questions fondamentales, les États-Unis et l’Europe restent de la même famille. Sur le plan stratégique, la situation actuelle présente encore un jeu de type « 1 contre 2 » ou « 2 contre 1 » (« 1:2 » ou « 2:1 »).

La direction de nos efforts consiste à nous renforcer jusqu’à atteindre « 1,5 », et à faire descendre l’autre côté à « 1,5 », c’est-à-dire à parvenir à une phase de confrontation stratégique équilibrée (« 战略相持阶段 »).

Depuis la rencontre de Busan l’an dernier jusqu’à la rencontre de Pékin au mois de mai de cette année, l’environnement international de la Chine a déjà connu de nouvelles améliorations.

Au niveau des petits et moyens États, ceux-ci passent d’une réaction passive à une planification active.

Certains États de moyenne puissance ou grandes puissances régionales passent du statut de récepteurs de règles à celui d’acteurs qui orientent les règles.

Par exemple, l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est souligne la « centralité de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est » (« 东盟中心地位 »). L’Australie et le Canada peuvent aussi dire « non » aux États-Unis.

Singapour joue, quant à elle, un rôle d’orientation dans l’élaboration des règles émergentes, notamment dans le commerce numérique.

Sur le plan des avantages institutionnels et géographiques, les États insulaires du Pacifique et des Caraïbes, bien que petits par la population et la superficie terrestre, disposent d’immenses zones économiques exclusives.

Ils jouent donc un rôle important dans la protection des océans et les questions de changement climatique. Ils ont également constitué des alliances minilatérales (« 小多边联盟 »), pratiquant une stratégie d’alliances multiples afin d’éviter de choisir un camp.

Dans ses relations avec les petits et moyens États, la Chine doit faire preuve de plus de grandeur d’âme et comprendre leur situation.

Prenons l’exemple du Cambodge. Tout en maintenant son amitié avec la Chine, il développe activement ses relations avec les États-Unis. Cela répond à une logique interne de survie.

Premièrement, il y a un besoin d’exportation. Le commerce cambodgien avec la Chine présente un déficit ; le Cambodge a des besoins d’exportation vers les États-Unis.

Deuxièmement, il y a une stratégie d’équilibre diplomatique. Trump a de la vanité ; en proposant que Trump reçoive le prix Nobel de la paix, le Cambodge a obtenu une réduction substantielle de sa contribution à la commission de paix. En même temps, le Cambodge doit chercher un équilibre stratégique entre les États-Unis, la Chine, l’Europe, le Japon et d’autres forces.

Troisièmement, il y a une exigence politique liée à la transformation du pays. Le Cambodge traverse une transition entre Sihanouk, le père fondateur, Hun Sen, le père de la paix, et une nouvelle génération de dirigeants qui pousse la modernisation du pays. Dans sa diplomatie, il a besoin de soutiens plus diversifiés.

Les Anciens Chinois disaient que « le ventre du chancelier est assez large pour y faire naviguer un bateau » (« 宰相肚里好撑船 »).

En tant que grand pays, la Chine doit posséder en diplomatie l’allure et la grandeur d’âme d’un grand pays (« 大国的气派与气度 »).

Nous avons toujours dit que les pays faibles n’ont pas de diplomatie (« 弱国无外交 »), parce qu’après la guerre de l’Opium, nous avons cédé des territoires, payé des indemnités, et subi toutes sortes d’humiliations.

Mais du point de vue des petits et moyens États, ils n’acceptent pas cette idée. Ils demanderont : les pays faibles n’ont-ils donc pas de diplomatie ? Nous devons donc nous mettre à leur place pour prendre en considération leurs préoccupations essentielles et chercher les points communs permettant de faire avancer la gouvernance mondiale.

V. Conclusion

À condition qu’une Troisième Guerre mondiale n’éclate pas, la construction d’un système de gouvernance mondiale plus juste et plus raisonnable (« 更加公正合理的全球治理体系 ») sera un processus long et tortueux.

Si un tel système peut prendre forme de manière fondamentale vers 2050, ce sera déjà une prévision relativement optimiste.

Pourquoi sommes-nous relativement pressés ? Parce que « la vie politique est courte » (« 政治生命是短暂的 »).

Nous devons donc maintenir une forme de long-termisme (« 长期主义 »). À partir de là, nous devons comprendre plusieurs choses.

Premièrement, les États-Unis sont dans une tendance de déclin relatif, mais ils continueront à utiliser leurs avantages militaires, technologiques et autres pour provoquer des incidents. Par exemple, les actions actuelles du gouvernement Trump montrent que, mis à part la Chine et quelques autres pays, la plupart des pays ont accepté le plan de « droits de douane réciproques » (« 对等关税 »), et le Vietnam a même proposé des droits de douane à zéro.

Nous devons donc avoir une pensée assortie de lignes rouges (« 底线思维 »).

Deuxièmement, les pays du Sud global doivent renforcer leur puissance individuelle et collective.

Au sein du Sud global, il existe encore de nombreux conflits locaux, comme la situation en Haïti ou les conflits dans la Corne de l’Afrique.

Ils sont aussi confrontés à la stratégie occidentale traditionnelle consistant à « diviser pour régner » (« 分而治之 »), comme les séquelles géopolitiques laissées par la partition de l’Inde britannique et le différend du Cachemire.

La Chine doit définir clairement son positionnement comme membre naturel et important du Sud global (« 全球南方天然一员和重要成员 »), et pousser la coopération Sud-Sud à se matérialiser.

Troisièmement, il faut former une force globale commune (« 全球合力 »). Construire un système de gouvernance mondiale plus juste et plus raisonnable nécessite non seulement la participation du Sud global, mais aussi celle du Nord global.

Nous pouvons fixer un objectif plus réaliste : par trente à cinquante années d’efforts, atteindre le stade primaire de la réforme du système de gouvernance mondiale (« 全球治理体系改革的初级阶段 »).

Tout comme la construction du socialisme à la chinoise connaît elle aussi un stade primaire (« 初级阶段 »), il faut avancer de manière stable et durable (« 行稳致远 »).

En résumé, la Chine est en train de devenir une puissance mondiale (« 全球强国 ») et de se rapprocher du centre de la scène mondiale (« 走向世界舞台中央 »).

En tant que chercheurs et étudiants, nous devons d’autant plus posséder cette vision et cette grandeur d’esprit.

Nous devons reconnaître que, dans certains maillons du système académique international, nous nous trouvons encore aujourd’hui relégués à l’arrière.

Chaque chercheur doit donc montrer ses véritables compétences.

Ce que j’ai présenté aujourd’hui constitue quelques-unes de mes réflexions liminaires.

Je continuerai à faire de la gouvernance mondiale un axe central de recherche.

Merci à tous.


Sources chinoises, 2026